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Le français du sud-ouest : un français mâtiné d’occitan

L’occitan a laissé des traces dans le français du sud-ouest, même si on ne s’en rend pas toujours compte.

À Toulouse, c’est bien connu, on ne parle pas tout à fait comme à Paris. Que l’on songe à la chocolatine, que là-bas on appelle pain au chocolat, ou aux poches de courses, qui deviennent des sacs une fois passé de l’autre côté de la Loire ! Le parler local est de fait pétri de régionalismes souvent inconscients. Si des mots comme canaillou ou pitchoun sont incontestablement propres au sud-ouest, savez-vous que dire que vous avez été mal foutu ou que vous avez échappé votre bouteille d’eau sont déjà des régionalismes ? En effet, en français standard, « mal foutu » signifie mal bâti ou mal proportionné, et non malade. De même, on dira plutôt : « j’ai laissé tomber ma bouteille d’eau » outre-Loire. Et si vous vous exclamez : « Coquin de sort ! », c’est certain, vous êtes bien un Méridional.

De fait, de nombreux termes et tournures venus de l’occitan ont été intégrés dans la langue française telle que nous la parlons dans le sud-ouest. Au quotidien, ces emprunts nous sont si familiers qu’il ne nous viendrait pas une seconde à l’idée qu’ils ne sont pas franco-français. À côté des interjections « bah ! », « bêh ! », « eh bé ! » et « boudu ! », qui signalent l’origine méridionale du locuteur, on trouve donc des mots et des expressions qui parfois ont même été adoptés par le français standard, ou peu s’en faut. C’est le cas par exemple de cette célèbre pâtisserie qu’est le clafoutis. Qui sait aujourd’hui que son nom provient de l’occitan claufotis, lui-même issu de claufir, qui signifie « remplir, farcir, couvrir », en l’occurrence de pâte dans cet entremet traditionnellement aux cerises ? « Fatiguer la salade », plutôt que la touiller, est également une expression bien du sud-ouest mais que l’on peut entendre aujourd’hui ailleurs, jusque dans la bouche d’une prof de français américaine. Ceci n’a rien de surprenant car les mots voyagent avec leurs locuteurs.

Aussi on ne s’étonnera plus que certains reçoivent des baignes (de l’occitan banha) et non des gifles, que les voitures démarrent à toute blinde, ou à toute bringue, et qu’il y ait des enfants gâté-pourris qui peuvent être également capricieux (c’est-à-dire têtus). Et puis si on ramasse le linge, on peut aussi se ramasser un coup (voir, en occitan, les différents sens du verbe amassar).
Autre expression bien familière et bien du sud, on peut prendre ou attraper la mort. Du reste, lorsqu’on se blesse, il arrive que l’on pisse le sang (en occitan : pissar lo sang), et à celui auquel cela arrive, on dira : « Mon pauvre, on t’a bien arrangé ! »

L’emploi de « là » dans le sens de maintenant, à l’instant, peut aussi être considéré comme un emploi régional, tout comme « t’inquiète ! » employé à la place de « ne t’inquiète pas ». De prime abord, « t’inquiète ! » pourrait être pourtant simplement interprété comme une forme très familière de « ne t’inquiète pas », le registre familier faisant volontiers tomber la double négation. Cependant, si l’on en croit Bernard Vavassori, auteur de À bisto de nas, Dictionnaire des mots et expressions de la langue française parlée dans le sud-ouest et de leurs rapprochements avec l’occitan, le catalan, l’espagnol, l’italien et l’argot méridional (Loubatières, 2002), il s’agirait en réalité d’un régionalisme.

Parmi d’autres termes et expressions que l’on ne soupçonnerait pas d’être propres au sud-ouest, on peut citer encore « un abat d’eau », pour parler d’une averse – « il y a eu un gros abat d’eau » – ou encore « le vent d’autan ». En effet, dans les bulletins météo nationaux, on dira plutôt « l’autan » comme on dit « le mistral ».

En passant, peut-être avez-vous déjà croisé le terme « quèsaco » ou « késako » ? En réalité, l’orthographe correcte est qu’es aquo et il s’agit d’une expression occitane, que l’on peut traduire par « qu’est-ce que c’est que ça ? », reprise telle quelle en français.

Il faudrait certainement bien plus d’un article pour faire le tour de tous les emprunts plus ou moins avérés à la langue occitane présents dans notre français du sud-ouest. Quoi qu’il en soit, force est de constater que la France a beau s’être construite au fil des siècles comme une nation unilingue, dans les faits notre paysage linguistique demeure bien plus diversifié, ce dont témoignent ces particularismes régionaux que l’on continue d’entendre dans notre grande métropole toulousaine de plus en plus internationale.
Il ne vous reste plus qu’à prêter l’oreille et à faire votre propre liste.

Viviane Bergue

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